10 novembre 2012

Le chaga, un champignon étonnant

Le Chaga (Inonotus obliquus) est un polypore répandu en forêts boréales et au Québec en particulier. Rappelant le charbon par sa couleur et sa forme, il colle aux bouleaux jaune (merisier) et blanc. Parasite, il reste soudé pendant des années aux arbres les plus exposés aux rigueurs de l’hiver et entraine finalement la rupture du tronc.

En Russie, on le consomme depuis très longtemps : on le fait bouillir dans l’eau pour le prendre en tisane ou comme substitut au café. Sa renommée a franchi les frontières après la parution du livre Le pavillon des cancéreux, roman partiellement autobiographique  dans lequel l’écrivain Alexandre Soljenitsyne fait boire quotidiennement cette décoction à son héros comme il l’a probablement bu lui-même lorsque son propre cancer a été traité.

Il semble que les décoctions de chaga aient été consommées couramment dans plusieurs tribus du Nord de l’Amérique. On a rapporté une recette assez semblable à la tradition sibérienne chez les Cris de la Nation Flying Dust notamment, indice des migrations préhistoriques par le détroit de Behring.

En mycothérapie[1], on l’utilise comme fortifiant et comme anti-inflammatoire dans les maladies du tube digestif. Il  inhiberait certaines tumeurs dont celles du sein, du foie, de l’estomac, la maladie de Hodgkin. Ses propriétés anti-oxidantes sont exceptionnelles : elles découlent de la présence de polyphénoles, notamment la mélanine de sa croute noire.

Depuis quelques années, ce champignon est l’objet d’un grand nombre d’études cliniques[2]. Les études ont ciblé plusieurs molécules dont les effets sont avérés, mais la composition et la posologie sont spécifiques à chacune des cibles visées. Les polysaccharides qui se dissolvent dans l’eau bouillante, sont les composantes les plus accessibles. D’autres, parmi les triterpènes et les polyphénols, le sont moins, bien qu’elles puissent être également bénéfiques. Pour cette raison, certains auteurs recommandent de préparer à la fois un extrait de l'eau chaude ainsi qu'une teinture alcoolique.

Un commerce planétaire s’est développé. Une véritable industrie prospère actuellement en Sibérie qui a été le berceau de son utilisation médicinale. Cette vogue est-elle justifiée ? Impossible de confirmer tous ses bénéfices présumés. À la boutique, nous recevons des gens qui le consomme pour soulager des maux étonnamment variés: divers cancers, inflammations diverses, goutte, ulcères, conjonctivites, eczéma, ...

Le magazine américain FUNGI (à consulter chez nous) y a consacré un numéro récent. Ron Spinosa, par exemple, y résume les connaissances actuelles. Il a initié la tradition annuelle du Minnesota Mycological Chaga Foray en 2005 et boit depuis son chaga quotidiennement. Ses problèmes intestinaux se sont estompés et il n’a pratiquement plus de grippe. «Est-ce le chaga ou l’effet placébo ? Je crois en ce placebo», conclut-il. Je pourrais faire mienne cette conclusion, depuis que j’ai remplacé les pilules contre l’hypertension par un café de chaga matinal : les résultats convaincants, jusqu’à maintenant en tout cas.  J’en reparlerai à mon médecin lors de mon prochain rendez-vous.

 

[1] Rogers, R. The Fungal Pharmacy: Medicinal Mushrooms of Western Canada” , 2006, Prairie Deva Press Canada

[2] Biological and Pharmacological Activity of Higher fungi: 20-Year Retrospective Analysis, Poucheret, P., Fons, F., Rapior, S., Cryptogamie, Mycologie, 2006, 27 (4): 311-333

 

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