27 février 2017

Des champignons nommés désir

À travers les temps et les peuples, des champignons ont eu la réputation d’aviver l’ardeur sexuelle.

Ainsi, le satyre voilé (Phallus indusiatus) mènerait les femmes à l’orgasme. Son odeur fétide et son port suggestif s’allient pour en faire un stimulant recherché en Chine. Ces allégations vaudraient aussi pour les espèces indigènes du même genre (Phallus) aux effluves semblables : satyre à dentelle, satyre de Ravenel, satyre impudique et satyre rubicond. Qui osera le vérifier ?

La truffe avait la réputation de stimuler le désir chez les anciens Grecs. L’excitation des truies attirées par ces protubérances aux pieds des arbres a dû stimuler l’imagination : l’attraction est due à l’émission de phéromones proches de la testostérone des verrats. Certes, de nos jours, la fortune qu’il faut débourser pour se payer une truffe du Périgord (Tuber melanosporum), tout autant que son arôme musqué, peut creuser l’appétit sexuel.

La saveur du matsutaké (Tricholoma matsutake) est qualifiée d’umami, c’est-à-dire appétissante en japonais. Au Japon, le culte qu’on réserve aux jeunes spécimens tient davantage de leur forme suggestive que de leur goût. Un coffret abritant un de ces derniers est un gage traditionnel de fertilité à offrir aux nouveaux mariés. Les vieux spécimens, assurément plus goûteux, sont déclassés faute de susciter les phantasmes.

Le shiitaké (Lentinula edodes) aurait lui aussi, parmi ses nombreux attributs, un pouvoir virilisant. Cette allégation est là aussi confortée par une forme évocatrice. L’espèce n’est pas indigène de l’Amérique, mais, cultivée, elle se trouve aisément chez nous et en épicerie.

Le ganoderme luisant ou reishi (Ganoderma lucidum) est surnommé en Chine le champignon de la longévité. Surtout cultivé aujourd’hui, il se développe à l’état sauvage comme une main rouge émergeant d’un tronc. Parmi ses innombrables effets toniques, on lui prête le redressement de la dysfonction érectile. La ganoderme de la pruche (G. tsugae) est l’espèce indigène et mérite la même considération.

Selon une légende chinoise, les yaks creusaient la neige pour se nourrir de cordyceps (Ophiocordyceps sinensis) et ils en devenaient tout-émoustillés. Intrigué par ce spectacle, un berger en aurait fait l’essai. Les résultats ont été si probants que l’empereur a gardé l’exclusivité de sa consommation. L’afflux sanguin au pénis soutient l’érection : par un effet vasodilatateur, le cordyceps y contribuerait. Parmi les nombreuses espèces apparentées, on compte ici le cordyceps militaire (C. militaris), aux propriétés similaires.

Dans un registre plus agréable, le sotolon est le composé aromatique principal de de notre lactaire à odeur d’érable (Lactarius helvus). Ce composé, aussi présent dans le fenugrec, n’est pas dégradé par la digestion : il embaume le mangeur et le rend d’autant plus désirable. La/le partenaire n’est-elle/il pas le plus puissant des aphrodisiaques ?

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