26 octobre 2020

Infâmes Amanites

À travers les siècles et les cultures, les histoires d’horreur autour des amanites sont innombrables. Le genre compte des espèces partout dans le monde sauf en Antarctique. Il entretient la réputation funeste des champignons : non sans raison, puisque plusieurs de ces espèces contiennent des amatoxines, responsables de 90% des empoisonnements mortels. En Amérique du Nord, on compte en moyenne 3 décès par année attribuables à l’ingestion de l’une d’elles. Le dernier empoisonnement mortel au Québec est dû à une amanite bisporigère (A. bisporigera), l’une des quatre blanches mortelles de nos forêts avec l’amanite vireuse (A. amerivirosa), l’amanite à grand-voile (A. magnivelaris) et l’amanite trompeuse (A. decipiens).

Au fil des millénaires, chacune des espèces de champignons a acquis des attributs qui favorisent sa reproduction dans son propre milieu. Ainsi, les truffes, dissimulées sous terre pour échapper à la sécheresse, attirent de leur arôme les prédateurs qui propageront leurs spores. Dans le cas des amanites mortelles, on ne s’explique pas l’avantage qu’elles peuvent tirer du poison pour leur survie spécifique. En tous cas, personne ne devrait manger un champignon appartenant à ce genre à moins d'être absolument certain de son  identification et de sa comestibilité. C’est ce que nous rappellent Bunyard & Justice dans Amanitas of North America. Dans ce tout récent ouvrage, les auteurs décrivent 120 espèces nord-américaines, toxiques, gastronomiques ou hallucinogènes, toutes admirablement photographiées. Ils s’attardent avec humour aux légendes entourant ces champignons mythiques.

La plus létale entre toutes, celle qui a donné son nom à l’intoxication phalloïdienne, l’amanite phalloïde n’y figure pas parce que cette espèce n’est pas indigène. Plutôt originaire d’Eurasie, elle s’est répandue en quelques décennies d’un océan à l’autre sur notre Continent : un bambin en est mort à Victoria en 2016.

Rappelons-nous l’adage : il y a des cueilleurs âgés et des cueilleurs imprudents, mais il n’y a pas de cueilleurs âgés imprudents.

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